Contract Management & Assertivité

La bascule : quand on devient contract manager

Ça ne s'est pas fait d'un coup. Plutôt par touches, informellement, de façon presque inconsciente. D'abord pilote de prestataires — donc de contrats, de fait. Puis pilote de contrats clients dans la formation. Et puis une phrase entendue chez Orange, de la bouche d'un Bernard Thiriet, qui a tout cristallisé :

« Un dossier des écarts et une bonne gouvernance valent mieux qu'un engagement fort d’un fournisseur. »

Trois idées derrière cette phrase, que je retourne encore aujourd'hui.

Le dossier des écarts comme boussole. Penser en termes de faits versus promesses. Ce sont les comportements qui fabriquent une posture, puis une culture. Pas les intentions.

Gouverner, c'est faire quatre choses : piloter, anticiper, se parler, décider. Rien de plus, rien de moins.

L'engagement fort, c'est en dernier. Tant mieux s'il est là. Mais un beau contrat ou un partenaire qui promet — ça ne garantit rien. La vraie sécurité est ailleurs.

Un succès : quand reculer d'un pas change tout

Client textile à Roubaix. Mission : accompagner le développement d'une culture projet. Le cahier des charges de départ ? Détaillé sur les compétences et les outils, mais flou sur la logique d'accompagnement. Première décision : faire un pas en arrière. Aller chercher un besoin plus succinct mais très précis sur les critères de réussite.

Ce qui a suivi : une proposition concrète, détaillée et ouverte. Une coconstruction vraiment partenariale. Un pilotage conjoint rapproché — confiance, alertes, propositions, impacts, arbitrages.

Et au fond, pas un contrat juridique. Mais un contrat explicite, ajusté plusieurs fois en bonne intelligence. C'est ça, la matière du contract management dans sa forme la plus pure.

Une galère : le pseudo-forfait qui dérive

Un des premiers grands contrats de déploiement sur mesure d'un parcours de formation. Client très exigeant, mais qui ne connaît pas la formation. Climat "terreur-sympa". Un pseudo-forfait. Et la dérive : des allers-retours sans fin, du temps passé à satisfaire le client du mieux possible — mais sans moyens, sans crédit-temps, à backuper les incertitudes.

L'apprentissage, dur mais net : beaucoup de transparence, anticiper, et faire choisir le client. Scope initial et coût initial, ou dérive et ajustements de coût, délai, qualité. Pas les deux. C'est lui qui priorise ses enjeux — à condition qu'on lui montre les impacts de ses choix.

L'assertivité : la soft skill qui sauve

Dans une crise contractuelle, ce qui fait la différence, c'est l'assertivité. Connaître ses intérêts, ses besoins, ses limites — et ceux du client.

Dire non, c'est une posture de santé relationnelle. Comme les premiers secours : on dit non à vouloir tout résoudre tout de suite.

  • Protéger : sécuriser l'intégrité de la relation contractuelle.

  • Alerter : anticiper, montrer les impacts de la dérive.

  • Secourir : écouter, puis résoudre.

Quand ça chauffe, le réflexe habituel est : agression ou peur → demande de réparation urgente → exiger, s'agiter → résolution désordonnée, hors contrat, sans moyens ni nouveau cadre.

La sortie par le haut ? Des faits. Beaucoup d'écoute. Et construire un compromis.

La croyance à faire disparaître : "il faut trouver un coupable"

C'est le poison de la relation. Accusation, justification. Pourquoi t'as pas réussi ? Pourquoi ça a planté ? Et le prestataire qui enquille, qui se défend, qui retarde l'annonce d'un problème parce qu'une semaine de tranquillité, c'est toujours ça de gagné.

Je rêve de comités de pilotage qui commencent par : "Quelle est notre prévision de qualité de service le mois prochain ? Comment on l'améliore ou on la sécurise ?" Un regard dans le rétro pour apprendre du passé — pas pour régler des comptes. Puis un arbitrage où le client priorise ses enjeux en voyant les impacts, et où l'on entérine des solutions parfois contre-intuitives.

Progresser en contract management : une ressource inattendue

Pas un livre. Une expérience : se décentrer du champ du contract management pur pour aller dans le contract management implicite — une relation régulière, quotidienne. Son conjoint. Ses enfants.

Et se poser ces questions : Quel est le cadre ? Il est clair et partagé ? On le met à jour ? Et quand je ne suis pas content de l'autre partie, je fais quoi ? Silence et suradaptation ? Colère et rupture ? Feedback, dialogue et ajustement ?

Pas besoin de chercher à changer. Juste observer un mécanisme personnel qui est la toile de fond de toute relation professionnelle.

Le message aux débutants — 30 secondes chrono

Tu as deux pieds pour marcher. Considère à 100 % les deux piliers du contract management : le cadre, les faits, les normes, les règles, les processus — et l'écoute, la flexibilité, les ressentis, les émotions, les projections. Avance en transparence, en exigence et en souplesse. Et propose toujours des alternatives pour que ton partenaire choisisse selon ses propres critères.

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